L’eCall, obligatoire dans tous les véhicules européens en 2010
|
|
La Commission Européenne définit l’eCall comme le « service paneuropéen d’appel d’urgence embarqué sur véhicule ». Ce service devra être obligatoirement proposé dans tous les véhicules neufs mis en circulation à l’automne 2010. Quel est le concept de l’eCall ? Pourquoi l’UE a décidé de le rendre obligatoire ? Où en est-on du déploiement du projet ? Quels sont les freins |
ou les obstacles à sa généralisation ?
En 2001, l’Union Européenne a fait de la baisse du nombre de morts sur les routes la priorité de la politique européenne des transports. L’eCall fait partie du programme eSafety créé en 2002 pour développer l’utilisation des systèmes de sécurité intelligents afin d’améliorer la sécurité routière. Ce projet est étroitement lié à la voiture intelligente, lancée en 2005 dans le cadre de l’initiative i2010 de la Commission, qui a pour but de rendre nos véhicules plus sûrs, plus propres et plus efficaces.
L’objectif de l’Union Européenne est de réduire de 2.500 le nombre de mort sur les routes dans l’UE-25 chaque année (en 2005, il y a eu 41.600 victimes).
Plan de déploiement de l’eCall

Source : UE, 2008
Le projet est initié par l’Union Européenne mais est aussi soutenu par des lobbys comme l’Association des Constructeurs Européens d’Automobiles et l’ERTICO
Le coût annuel de mise en place du système est estimé à 4,55 milliards d’euros par an pour l’installation du dispositif dans les véhicules (voitures et camions) et pour la modernisation des centres de réception d’appels d’urgence PSAP (Public Service Answering Point). En revanche, les économies liées au projet devraient s’élever à 26 milliards d’euros chaque année tous secteurs confondus (sur les soins, l’intervention des secours, les frais d’assurance, etc.).
Fonctionnement
L’eCall est basé sur le numéro d’urgence européen unique 112 mis en place par l’UE en 2000. Aujourd’hui, grâce à la collaboration des opérateurs, il est utilisé dans presque tous les pays européens à quelques exceptions prés à l’Est. L’e112 est la nouvelle génération du 112, un appel d’urgence à géolocalisation lancé en 2003 par une directive européenne et inspirée par l’Enhanced 911 américain.
L’eCall est activé de deux manières :
• D’une manière manuelle par un des occupants du véhicule en pressant le bouton SOS sur le tableau de bord.
• D’une manière automatique par des capteurs placés dans le véhicule lors d’un accident (lorsque l’Airbag se déclenche par exemple).
Une fois activé, le ou les occupants du véhicule sont connectés via l’e112 au PSAP le plus proche.
L’opération dure moins de 34 secondes (4 secondes pour déclencher l’appel, 20 secondes pour l’établissement d’une conversation « voix » et 30 secondes pour une conversation « visio »). Le véhicule dispose d’un micro au niveau du tableau de bord, des haut-parleurs de l’autoradio pour le son et, éventuellement, de l’écran du GPS pour les images.
Description d’une intervention
L’apport majeur, les services d’urgence connaissent exactement le lieu de l’accident. Ainsi, le délai d’arrivée est réduit de 50% en zone rurale et 40% en zone urbaine selon les estimations de l’UE. Les nombreux capteurs permettent de connaître le modèle du véhicule, la position des vitres (ouvertes ou fermées), l’autonomie de la batterie, le verrouillage des portes, la température intérieure et extérieure et la quantité de carburant. L’agent entre en contact avec le véhicule pour déterminer le type de secours à envoyer sur place (et vérifier qu’il y a bien urgence). Ensuite, un médecin communique avec les occupants du véhicule pour affiner le diagnostic, prodiguer les premiers soins à distance et préparer l’intervention des pompiers ou de l’ambulance.
L’eCall déjà en service ?
Certains constructeurs automobiles ont décidé de devancer le dispositif européen en étant les premiers à proposer ce service illimité et gratuit.
Aujourd’hui, 650.000 véhicules Peugeot et Citroën disposent de ce système dans 9 pays européens grâce à son partenariat avec Inter Mutuelles Assistance (IMA). Depuis son installation en 2003, 2600 appels d’urgence d’automobiles en détresse ont été reçus par la plateforme IMA-PSA. Ce dispositif est le seul à avoir été agréé par la Direction de la Défense et de la Sécurité Civile Française (2006).

Source : Peugeot, 2008
L’Advanced eCall de BMW est aujourd’hui disponible en Allemagne (depuis 1997), en Autriche, en France, en Italie, au Royaume-Uni, au Canada, aux États-Unis, aux Émirats arabes unis, au Koweït et en Australie, dans 500.000 véhicules BMW. Il a déjà permis d’assurer une assistance rapide dans plus de 25.000 situations d’urgence.
eCall : dette du constructeur ou nouvelle approche des services d’urgence ?
D’autres constructeurs ou équipementiers vont plus loin dans le déploiement de l’eCall en développant des applications commerciales autour de ce concept.
Une entreprise comme Octo Telematics développe ses propres systèmes de eCall et les vend clés en mains à ses clients constructeurs automobiles ou compagnies d’assurance.
Volvo a profité de la technologie développée pour son eCall afin de proposer à ses clients américains un bouton « On Call » sur leur tableau de bord à côté du bouton rouge SOS. Le « On Call » est un service d’assistance privilégié afin de répondre aux problèmes nécessitant un dépannage (crevaison, panne d’essence, etc.). Il fonctionne sur le même principe que l’eCall (géolocalisation, assistance téléphonique et capteurs) et présente les mêmes avantages (gains de temps, diagnostic téléphonique et secours adapté à la panne). Cependant, tout dépannage qui nécessite plus d’un technicien et d’un véhicule de service est facturé au client suivant les équipements spéciaux ou les personnes supplémentaires mis à disposition. Par ailleurs, si Volvo ne peut répondre à la demande d’un de ses clients possédant le « On Call », il rembourse l’intervention jusqu’à 100 dollars.

L’eCall apparaît comme une formidable innovation qui va permettre de sauver des milliers de vie chaque année. Pourquoi a-t-il pris un an de retard ? Pourquoi certains pays européens tardent à signer ? Aujourd’hui seuls 17 pays (dont 14 membres de l’UE) et plus de 70 entreprises ont signé le Mémorandum sur l’eCall. L’Allemagne, l’Espagne et les Pays Bas n’ont signé le protocole d’accord qu’en 2007. La France ne l’a toujours pas fait.
Nous pouvons évoquer 3 freins au déploiement de l’eCall à ce jour :
Le protocole est assez contraignant puisque les signataires s’engagent à communiquer sur le numéro d’urgence européen 112, à équiper suffisamment les PSAP aux exigences de l’e112 (pour localiser le lieu de l’accident) et à former son personnel de secours aux exigences du nouveau système (pour dialoguer avec les victimes de toute l’Europe quelle que soit leur langue). De plus, les Etats Membres et les industriels doivent s’engager sur leurs actions et sur les délais de résolution des problèmes ce qui implique des investissements importants.
L’ambition du projet est considérable parce qu’il consiste à équiper absolument tous les véhicules neufs en septembre 2010 (originellement 2009).
L’e112 n’est réellement opérationnel que dans 12 pays européens principalement à cause de problèmes liés aux opérateurs télécoms. Leur rôle est central puisqu’ils vendent les cartes SIM aux constructeurs automobiles, ils prêtent leurs réseaux pour ces appels puisque c’est le meilleur signal disponible qui est utilisé automatiquement par l’appel d’urgence. Il existe un problème de rémunération de l’opérateur télécom pour ce service et de répartition de la valeur entre le constructeur, l’équipementier et l’opérateur Télécom.
En revanche, la Commission Européenne estime que l’eCall est une priorité de sa politique de transport et ne compte plus reporter la date butoir d’automne 2010. Elle envisage donc sérieusement de transformer sa recommandation en directive européenne, ce qui engagerait obligatoirement tous les Etats Membres sur les délais de mise en place du système.
| Articles complémentaires |
| 1. Les télécommunications, avenir de l’automobile ? Article de Jean-Pierre Corniou, 12 février 2009, latribune.fr |
| 2. L’accès à Internet à bord des avions de ligne et des trains Les premières tentatives pour fournir un service à bord des avions ou des trains rencontraient sensiblement le même problème, comment fournir un service de qualité à leur clientèle tout en se déplaçant à très grande vitesse ? |
Envoyer
|
Imprimer
|
février 2009 |



