Interview de Pierre Roulph - Responsable Marketing de Streamezzo
Qu’est-ce que Streamezzo ?
Créée en 2004 à la suite d’un essaimage de France Telecom R&D, Streamezzo est éditeur d’une plateforme de développement logiciel qui permet de réaliser et de déployer rapidement des applications mobiles dites « Rich ».
Le développement de Streamezzo s’est fait en trois phases :
Première phase : la télévision sur mobile puisque Streamezzo est initialement une technologie qui permet de diffuser du contenu multimédia sur mobile.
Deuxième phase : Streamezzo s’est imposé comme leader sur le marché de l’ODP (On Device Portal), une alternative au WAP permettant de diffuser du contenu sur un téléphone portable avec une bien meilleure expérience utilisateur.
Troisième phase dans laquelle se trouve Streamezzo aujourd’hui : le développement d’un écosystème de créateurs d’applications pour mobiles. Aujourd’hui, la technologie Streamezzo est packagée dans un SDK puis mise à disposition de la communauté de développeurs d’applications mobiles. Nous croyons que l’essor des usages mobiles passe par les applications, et misons sur la créativité et le dynamisme de l’écosystème des développeurs.
En termes d’effectif nous sommes une soixantaine avec un siège à Paris, un centre de R&D à Rennes, et comme nous avons un développement particulier en Asie-Pacifique, nous avons des bureaux en Chine et aussi en Australie.
Comment définiriez-vous les facteurs clés de succès de Streamezzo ?
Nous définissons nos facteurs clés de succès par le concept « REACH & RICH ».
REACH : Nous simplifions la création et le déploiement d’applications sur mobile en résolvant le problème de la fragmentation. Aujourd’hui une application mobile doit être disponible sur de multiples plateformes : iPhone, Android, Symbian, Windows mobile, Java…Cela nécessite d’écrire et de maintenir une version différente par OS. En utilisant la technologie Streamezzo, une seule version de l’application peut fonctionner sur l’ensemble des OS.
RICH : Notre technologie permet de créer tous types d’applications riches connectées à Internet ou locales (map viewers, TV mobile, clients email, readers RSS, MP3 players…) avec une interface utilisateur intuitive et ergonomique. Ainsi nous simplifions la navigation tout en augmentant l’interactivité avec le mobile. Ceci permet de garantir une véritable Expérience Utilisateur (ce qui est primordial pour augmenter l’usage).

Comme vous situez vous par rapport à des gros concurrents de l’Internet comme Apple, Google ou Microsoft ou des grands de la téléphonie mobile comme Nokia ?
Les grands noms du Web seront également les grandes marques de l’Internet mobile. L’usage des services mobiles passera à la fois par du browsing via un navigateur mais aussi par de l’application qui est le marché sur lequel Streamezzo se positionne. Donc potentiellement les grands du Web sont des partenaires susceptibles d’utiliser notre technologie pour diffuser leurs contenus sur les téléphones mobiles. Il n’y a pas de concurrence entre nous puisque nous ne fournissons pas nous-mêmes du contenu.
Qui sont alors vos concurrents ?
Il y a les gros éditeurs comme Adobe, Sun avec Java Fx et dans une moindre mesure Microsoft avec Silverlight. Actuellement aucun de ces acteurs ne permet à la fois d’adresser de manière homogène l’ensemble des plateformes mobiles et de proposer une richesse fonctionnelle satisfaisante pour les développeurs d’applications. Flash Lite d’Adobe permet d’inclure des flux media A/V, mais le déploiement des applications avec le « player » intégré n’est possible que sur Symbian et Windows Mobile. Java ME est installé sur prêt d’un milliard de téléphones, mais développer des applications riches ayant un rendu identique sur n’importe quel téléphone est extrêmement couteux. Nous sommes conscients des efforts de ces concurrents de poids dans les deux directions : atteindre le plus grand nombre de terminaux et proposer un périmètre fonctionnel applicatif le plus large possible. Mais cela prendra du temps et le marché des applications mobiles riches décolle maintenant ; il s’agit donc d’une vraie fenêtre de tir pour Streamezzo qui dispose d’un framework de développement mature dès aujourd’hui.
Nous avons également des concurrents qui sont des facilitateurs permettant de mieux appréhender les problématiques de portage applicatif. On retrouve un certain nombre de solutions, le plus souvent issue du marché des jeux mobiles et adressant surtout les plateformes J2ME.
Enfin le portage manuel, souvent « offshorisé » , constitue une forme de concurrence pour nous. Cependant l’augmentation du nombre de plateformes mobiles à adresser rend chaque jour cette solution de moins en moins rentable. De plus le résultat en terme de qualité des applications n’est pas toujours au rendez vous.
Streamezzo est-il donc une startup de l’Internet mobile ?
Streamezzo a suivi le cycle de vie naturel d’une startup technologique. Au début, nous avions une technologie assez internalisée sur certains segments comme la TV mobile puis l’ODP. Une fois la maturité et la légitimité atteintes, il s’agit désormais d’industrialiser et de diffuser à grande échelle notre technologie et nos solutions à tout un écosystème. On peut dire que Streamezzo est une jeune pousse qui a grandi.
Comment Streamezzo envisage son modèle économique ?
Nous cherchons à favoriser au maximum la croissance de notre écosystème ; nous mettons donc gratuitement à disposition de nos partenaires développeurs toutes les ressources nécessaires pour créer de nouvelles applications en Streamezzo, un SDK, les packages pour les différents téléphones supportés, des bibliothèques de composants sur étagères etc. Pour une application en production, nous avons un modèle de licence annuelle basé sur le nombre de plateformes mobiles sur lesquelles l’application est déployée ; par exemple pour une application déployée en production sur 5 plateformes : iPhone, Android, Java, Symbian, RIM, un éditeur paierait €10 000 par an. Sur la partie exploitation, s’adressant aux opérateurs, constructeurs, fournisseurs de contenus et services, une licence d’usage de la technologie incluant un plan de maintenance produit s’applique sur la base du nombre d’utilisateurs actifs de l’application.
En parallèle des SSII, agences mobiles, éditeurs et Intégrateurs, Streamezzo souhaite également proposer sa technologie aux développeurs indépendants, souvent très créatifs mais ne disposant que de peu de moyens ; Pour cela un modèle entièrement gratuit sera bientôt proposé, basé sur de l’insertion de publicité dans les applications.
Quelle est votre offre de service ?
En l’occurrence, il s’agit d’une offre de produit. Streamezzo propose une plateforme de développement et d’exécution cross-platform d’applications mobiles permettant de simplifier leur création et leur déploiement.
Sur la partie exécution cross-platform, la plateforme Streamezzo utilise un Rich Media Client : un « player » logiciel capable de rendre la même application de manière homogène sur des plateformes et des OS différents. La promesse de Streamezzo est de créer une seule fois l’application et de la faire fonctionner à l’identique sur l’ensemble des téléphones. Notre proposition de valeur est de réduire les coûts de développement, portage et de maintenance de l’application. En effet il est plus facile de maintenir une seule version de l’application plutôt qu’une pour chaque système d’exploitation . En outre, le Rich Media Server permet de faciliter les mises à jour et la diffusion de contenu, et rend la maintenance applicative aussi simple que de maintenir un site Web.
Sur la partie développement, nous fournissons un SDK incluant un environnement de développement basé sur Eclipse, un accès à notre base de données de terminaux, ainsi qu’une bibliothèque de composants sur étagères.
Par ailleurs nous disposons d’un programme développeur permettant de bénéficier d’un support technique dédié.

Qui développe des applications en langage Streamezzo aujourd’hui ? Ce sont tous ceux qui développent des applications mobiles et qui provenir d’horizon assez variés: des intégrateurs comme nos partenaires Atos ou Tata Consulting services, des agences mobiles, des SSII, des éditeurs d’applications, des fournisseurs de contenus, des équipes R&D chez des opérateurs. En termes de zone géographique, nous avons beaucoup de demandes provenant d’Inde, de Turquie et d’Israël. Les développeurs d’applications pour l’iPhone sont également bien représentés ; Streamezzo leur permettant de facilement étendre leurs applications à d’autres OS mobiles.
Quelles sont aujourd’hui vos références clients ?
En France, nous sommes historiquement présents chez SFR avec un beau portefeuille d’applications : TV mobile, puis On-device portal avec une quinzaine de services et désormais des applications verticales comme des clients emails ou des services d’UGC (User Generated Content). Nous avons également développé avec Neuf-Cegetel un portail de Widgets mobiles que l’utilisateur peut synchroniser directement depuis son PC.
En Asie, nous sommes présents chez China Mobile et chez des opérateurs de taille plus modeste en Asie du Sud-Est. Historiquement, l’Asie est un marché très actif. La Chine représente bien entendu un potentiel énorme en terme de volume ; A ce titre, Streamezzo a une belle success story avec China Mobile avec le lancement d’une application de TV Mobile à l’occasion des JO de Pékin utilisée par plus d’un million d’utilisateurs aujourd’hui.
En Australie, notre technologie est utilisé par Telstra pour une application de TV sur mobile en partenariat avec Alcatel – Lucent. Nous sommes aussi présents chez Orange Israël avec une application de TV mobile.
Récemment nous avons déployé pour Samsung, le Samsung Rich Internet : un portail embarqué permettant de télécharger des logos, sonneries et de la musique. Ce portail a été déployé en Russie, Allemagne et Angleterre et bientôt dans d’autres pays.
Existe-t-il une « killer app » ? Quelle serait la-vôtre ?
Selon nous, il ne faut pas forcément chercher la « killer app » sur mobile qui va démocratiser les usages de l’Internet Mobile. Ce qui est intéressant dans l’environnement des applications mobiles c’est la diversité. Chacun a ses usages même si certains sont plus fréquents que d’autres ; on retrouve toujours la météo et les news sportives dans le top des services les plus consultés. Par ailleurs les attentes du marché peuvent évoluer très vite. Par exemple, pendant une émission de téléréalité, la « killer app » pourrait être le suivi en direct des candidats mais son succès se limite à quelques mois. Si vraiment nous devions nous prononcer sur une application phare, ce serait pour celle qui agrège et permet la distribution d’autres applications, c’est-à-dire l’App Store. Reste néanmoins certains domaines applicatifs particulièrement pertinents comme le communautaire, l’interpersonnel, la géo-localisation ou l’UGC puisqu’un téléphone peut créer du contenu avec un appareil photo par exemple.
Par ailleurs, notre métier n’est pas de créer la « killer app » mais de permettre à la communauté de développeurs d’exprimer sa créativité en résolvant pour eux les contraintes de portage sur différentes plateforme ; ceux sont eux qui lancent les « killer apps ».
D’après vous qu’est-ce qui a enclenché cette révolution vers l’ère du contenu ?
L’iPhone y est pour beaucoup ! Apple a démontré que les applications mobiles sont complémentaires du « browsing » et qu’il est possible de les monétiser avec un système de promotion et de distribution adapté. Indirectement, plusieurs barrières sont tombées de par l’expérience utilisateur vraiment riche. Sur la partie fragmentation, Apple a une approche très homogène, ce sont des services Apple qui fonctionnent sur des produits Apple, forcément cela simplifie sensiblement l’équation.
L’approche tarifaire y est également pour beaucoup : les forfaits data illimités en se généralisant lèvent un obstacle important au développement des services data. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec l’essor du Web et les offres ADSL illimité. L’attribution de la 4ème licence 3G pourrait bousculer ce secteur et réellement démocratiser l’illimité data mobile en France.
On peut pousser le parallèle avec le Web un peu plus loin; au démarrage du Web, les FAI voulaient contrôler tous les services via leur propre portail. Ce n’est réellement qu’avec l’arrivée de l’illimité que les utilisateurs sont allés surfer en dehors de ce cadre imposé et ont découvert la diversité d’Internet. Désormais la page d’accueil la plus courante n’est plus celle du FAI mais Google.
Pour conclure, Pierre Roulph nous fait part de la mise en ligne prochaine d’une version finale du « Streamezzo Developper’s Corner », le site dédié à la communauté de développeurs d’applications mobiles disponible actuellement en version béta. De plus, Streamezzo propose actuellement un certain nombre de journées de découverte de la technologie ou de formation à Paris. En deux jours, on maîtrise les fondamentaux de la technologie et des outils. Streamezzo estime à un mois la durée pour devenir un développeur opérationnel dans son langage avec un apprentissage graduel notamment à l’aide des multiples ressources en ligne sur leur site. Enfin, Pierre Roulph précise que la technologie « runtime de Streamezzo est également supportée sur d’autres types de terminaux possédant un écran, une interface de saisie et une connexion. Des prototypes fonctionnent sur set-up box TV, un tablet-PC ou d’autres terminaux innovants comme des récepteurs radio numérique et DVB-H.
Pierre Roulph, diplômé de Télécom Paris, a commencé sa carrière comme consultant CRM chez PSA puis chez Cetelem. Il a ensuite été consultant en Marketing chez France Telecom puis chez SFR. Il est aujourd’hui le Responsable Marketing de Streamezzo.
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mai 2009 |



