Facebook : Une illustration de la démocratie ?

amandine-travers1 Cet article a obtenu le sixième prix du Concours étudiant Génération mobilité, organisé par Sia Conseil et Orange, en partenariat avec Le Figaro.fr.

Une population active de 400 millions de membres en février 2010, un droit de vote, une large liberté d’expression et une grande participation aux décisions.
Il ne s’agit ni des USA, ni de l’Inde, les deux plus grandes démocraties au monde, mais du fameux réseau social


Facebook, crée par Mark Zuckerberg en 2004. Peut-on alors décemment penser faire une analogie entre les deux paradigmes que sont la démocratie et Facebook ? L’évolution passée et future du site constitue un indice à ne pas délaisser.

Facebook prône un objectif précis : « donner aux gens le pouvoir de partager, et de rendre le monde plus ouvert et connecté ». Chacun de ses membres peut partager ses données personnelles, ses photos, sa vie ; et afficher aux yeux de tous, ce qu’il fait du matin au soir.
En février 2009, les développeurs du site notifiaient que leur « licence [sur ces informations, était] irrévocable, perpétuelle, non exclusive, transférable et par le monde entier ». Ils affirmaient ainsi que Facebook avait une main totale sur les données personnelles, c’est-à-dire un véritable pouvoir discrétionnaire. Rappelez vous de l’Histoire française : au XVIème siècle, les sujets se voyaient imposer toutes les grandes décisions du Royaume et il leur était interdit de discuter des questions gouvernementales. Deux siècles plus tard, une révolution explosa. Les hommes avaient alors une volonté féroce de participer activement à l’élaboration des règles de leur pays. C’est ce qui conduira, avec le temps, au système démocratique. On constate, à moindre échelle, la même évolution chez le réseau social.
En effet, suite à l’épisode de février 2009, un tollé a éclaté, et la majeure partie des membres a menacé de fermer ses comptes. Devant ce danger, le PDG du site a dû faire demi-tour. Il a mis en place des nouvelles CGU : « plutôt que de simplement éditer de nouvelles conditions générales d’utilisation, les changements que nous annonçons aujourd’hui ont pour but d’ouvrir Facebook afin que les utilisateurs puissent participer réellement à la mise en place de nos règles et de notre futur ». Mieux, les utilisateurs peuvent voter les nouvelles CGU, vote validé si 30% des utilisateurs actifs expriment leur opinion. Il s’agit, dès lors, d’un véritable référendum démocratique.
Avec ses 400 millions de membres, Facebook deviendrait alors la deuxième plus grande démocratie du monde derrière l’Inde et devant les USA.
Cependant, en avril 2009, les webmasters font les comptes : seulement 600.000 votants sur 200 millions de membres. Malgré cet échec, ils espèrent tout de même une plus grande participation pour les prochains votes. La démocratisation de Facebook ne fait donc que commencer.

Cette évolution démocratique des réseaux sociaux n’annoncerait-elle pas les prémices de nouveaux usages des technologies d’aujourd’hui ? De nombreux pays se sont déjà engagés dans cette voie : en Suède, il est possible de voter via son téléphone portable. En France, des expérimentations du vote électronique ont actuellement lieu dans la ville de Vandoeuvre qui s’est engagée dans l’Internet citoyen depuis 1996.
La question se pose alors : ne pourrait-on pas, bientôt, voter par l’intermédiaire des réseaux sociaux ?
On peut déjà considérer qu’ils constituent des instruments politiques à part entière : les médias se sont emparer des 208 091 « fans facebookiens » de notre président de la République. Et quel politicien ne se sent pas concerné par les 7 876 027 supporters du président américain Barack Obama ? Dès lors, il paraît légitime de penser que Facebook devient un moyen, pour les hommes politiques, d’évaluer leur côte de popularité.
De plus, on constate aujourd’hui que Nicolas Sarkozy tient régulièrement à jour sa page officielle : il souhaite de joyeuses fêtes de noël à ses électeurs, invite ses fans à découvrir le nouveau site Internet de la première femme de France, partage les photos de la journée de Woody Allen et Bill Gates à l’Elysée. Il prend aussi soin d’annoncer les dates de ses interviews tout en mettant en ligne des comptes-rendus du Conseil des ministres, des rapports de commission (compte-rendu sur l’avenir des CHU, rapport annuel de la HALDE…)
Plus qu’un indicateur, Facebook semble alors devenir un moyen de faire de la politique, de se rapprocher des potentiels électeurs.
Jean-Marie Le Pen, sur sa page, va jusqu’à mettre en place des « opérations procurations » : absent le jour du vote ? Le Front National trouve quelqu’un pour voter pour vous.

On observe donc, indubitablement, l’étrange corrélation entre le modèle politique et le réseau social de Mark Zuckerberg. Non seulement le site se démocratise tellement qu’il devient presque une démocratie, mais il semble jouer, en même temps, un rôle d’instrument démocratique participatif.
Cependant, il ne faut pas négliger le fait que les membres de Facebook ont un âge moyen de 26,8 ans, ce qui en fait une micro-société non représentative.
De même, on ne peut pas ne pas s’interroger sur de possibles abus : si l’on observe les « amis » de certains politiciens, il semble que certains d’entre eux ne soient pas véritablement des actifs du site.
La bataille déjà présente chez les utilisateurs communs concernant le nombre d’amis semble, dès lors, s’emparer des politiciens. Alors qu’il y a quelques années, les campagnes électorales suffisaient, aujourd’hui la médiatisation devient un important instrument politique et Facebook n’y fait pas exception.

Amandine TRAVERS / Université Rennes I


Commenter Envoyer Envoyer Imprimer Imprimer juin 2010

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