Jerry Springer is dead
membre de la famille ?
Les revenus publicitaires sur internet ont dépassé ceux de la télévision au Royaume-Uni en 2009. Un phénomène similaire se produit en France, avec une chute historique des revenus pour les chaines TV(-11% sur un an). Quelles perspectives pour le cinquième membre de la famille ?
Retour vers le passé
La télévision est un média à part. Elle est en effet la première à être passée d’une source d’information à une source de divertissement. Elle a instauré au fil des années une proximité avec le téléspectateur. Ainsi, les émissions de témoignages, de confidences, puis de « télé réalité » se sont développées, et existent encore aujourd’hui. On peut donc dire que la télévision fut le premier média interactif. Mais cette interaction est illusoire.
Peut-on parler d’interaction quand le monde télévisuel est animé par une centaine d’acteurs ? Peut-on parler de proximité quand les intervenants sont des prostituées, des homos libérés, des génies artistiques ? Force est de constater que la télévision ne ressemble pas à son public, tout au plus à ses fantasmes. Peut-on vraiment parler de choix lorsque le téléspectateur dispose de 6 chaînes ? Et lorsqu’il ne peut pas choisir l’heure à laquelle il regardera son programme ? L’aspect limitatif, accepté il y a peu est, c’est une évidence, en train de changer.

Parmi les limites de la télévision, laquelle est encore présente sur internet ? Aucune. Il n’y a plus de contraintes de temps, de lieu, d’argent.
(Cerebral) Time is money
Par ailleurs la télévision ne valorise pas assez son audience. Les annonceurs paient en effet seulement pour la part d’audience que vous possédez sur la cible qu’ils visent. Un public hétérogène, s’il se voit offrir le même contenu, est donc largement sous-valorisé actuellement. A l’inverse, internet étudie les comportements des utilisateurs, analyse leurs activités, et peut donc cerner leurs attentes. La publicité est ainsi parfaitement ciblée, et donc mieux valorisée.
« Harder Better Faster Stronger »
Il serait cependant trop facile d’enterrer la télévision. Elle est entrée dans les habitudes de plusieurs milliards d’individus. Et une télé, c’est aussi et avant tout un écran. Cet écran a une place dédiée, on ne pourrait plus s’en passer, ne serait-ce que pour les jeux vidéo et les DVD. Cet avantage doit être utilisé. Pour rivaliser avec internet, ou plutôt l’utiliser, la télévision doit s’affranchir des limites originellement techniques qu’elle imposait, tout en gardant sa simplicité d’accès. Il faut donc un contenu à la demande et multi-cible. Cette évolution s’appelle« Selling less of more ».
Exemple typique : le match de football Ukraine-Angleterre ayant eu lieu en décembre dernier. Aucune chaine n’étant prête à payer les 2M£ réclamés par la fédération propriétaire des droits, le matcha été diffusé sur internet en streaming, moyennant 5£. Il en a rapporté près de 4 millions, montrant ainsi la force d’internet quand on est en possession de contenu.
La menace (pas) fantôme
Qui aujourd’hui, parmi les moins de 25 ans, attend 2 ans pour qu’une série américaine arrive en France ? Pourquoi irais-je payer 5£ un match de foot alors qu’il est disponible gratuitement sur un autre site ? Les majors de musique n’ont pas trouvé de parade au piratage. Mais la télé possède un avantage décisif : la nécessité du direct. Il est en effet facile de fermer en quelques minutes un site diffusant illégalement un contenu protégé, et un supporter de foot ne prendra pas le risque de voir son match coupé.
Welcome to TV 2.0
Les propriétaires de contenu doivent ressusciter un intérêt. En créant une communauté, une interactivité, on entretient la fidélité. Pourquoi dois-je regarder « Les Experts » sur tf1.fr ? Parce que la qualité est excellente, parce que je peux choisir la langue, parce que le site est très bien fait. Prenons l’exemple de l’émission de divertissement. Imaginons que, pendant que nous regardons « Qui veut gagner des millions ?» nous puissions, avec la télécommande, répondre aux questions en même temps que le candidat. Les résultats pourraient être visionnés pendant l’émission en ligne, et on pourrait se comparer aux autres téléspectateurs. Il y aurait donc interaction et aspect communautaire. Le téléspectateur serait acteur. Il aurait un intérêt réel à regarder cette émission. De plus, son implication, et donc son attention seraient plus importantes, ce qui est utilisable commercialement.
Internet a créé une alternative à la télévision. Cette dernière doit recréer un intérêt. Et si les chaînes n’y parviennent pas, alors oui, Jerry Springer est mort.
Mickael Roger TELECOM ParisTech / HEC
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mai 2010 |



