Attribution de la quatrième licence mobile : faits, enjeux et conséquences
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Les trois mousquetaires de la téléphonie mobile seront bientôt quatre. Le secteur de la téléphonie mobile français, qui représente 1% du PIB et 22 milliards d’euros d’investissements depuis l’an 2000, va vivre cette année un événement majeur comme elle n’en connaît que tous les 10 ans : la naissance d’un nouvel opérateur (MNO). |
Tantôt « imminente », tantôt « reportée », la quatrième licence 3G est au cœur des débats entre le régulateur, le gouvernement et les opérateurs depuis plus de 18 mois. A l’automne, le projet semblait enterré puisqu’Eric Besson, alors secrétaire d’Etat à l’économie numérique, ne s’était pas prononcé dans son rapport « France Numérique 2012 ». Finalement, le 12 janvier dernier, l’Etat, propriétaire des licences de téléphonie mobile, a décidé d’attribuer une quatrième licence à un nouvel opérateur. Quelles sont les conséquences d’une telle décision ? Quels sont les enjeux liés à l’attribution d’une quatrième licence ? Free est-il incontournable ?
Le 12 janvier, le Premier Ministre a décidé d’accélérer la mise en œuvre des mesures du plan numérique du 20 octobre dernier. Pour cela, l’ARCEP lancera un appel d’offre au premier trimestre qui verra donc la création d’un quatrième opérateur de téléphonie mobile au côté d’Orange, SFR et Bouygues Télécom à l’été 2009. Ce nouvel acteur devrait être opérationnel environ 18 mois après l’attribution des fréquences soit en 2011.
La décision du régulateur est double : il doit mettre sur le marché la bande 2,1 GHz (qui correspond à la longueur d’onde de la 3G) restante, du fait de la libération du spectre, sous forme de trois lots et réserver un de ces lots à un nouvel opérateur. Le gouvernement a modéré son approche en jouant sur la concurrence pour préserver les intérêts des usagers et pour faire monter les enchères sur les deux lots restants entre le nouveau venu et les opérateurs existants. Cette nouvelle formule d’attribution se veut un subtil équilibre entre « restitution du pouvoir d’achat aux ménages » et « rentabilité du bien public ». Cette décision a également pour but d’assurer l’arrivée d’un nouvel entrant pour éviter la déconvenue qu’a connu Google sur le marché américain. L’année dernière, Google a voulu acheter des licences de téléphonie mobile pour imposer son modèle économique basé sur la publicité dans le secteur mais s’est fait surenchérir par les deux principaux opérateurs de la téléphonie mobile américaine (ATT et Verizon).
Techniquement, chacun des lots de 5 MHz (la largeur de chaque bande) ne devrait pas suffire pour couvrir tout le territoire avec un nombre considérable de clients. Avec un seul lot, le nouvel entrant pourra desservir 10 millions d’abonnés. Comment répondre alors aux exigences de couverture nationale de l’Etat français ? Le quatrième opérateur aura la possibilité de se positionner sur les deux lots restants mais devra prendre part aux enchères face aux acteurs historiques du mobile. Cependant, dans les mois à venir, d’autres fréquences devraient encore être mise en vente par l’Etat français : il s’agit de fréquences militaires et surtout de fréquences libérées par l’arrêt de la télévision analogique en 2011.
Quels enjeux pour les parties prenantes ?
L’enjeu pour le nouvel opérateur est d’entrer en lice le plus rapidement possible. S’il peut couvrir 25% de la population en 2 an, les trois autres opérateurs devront lui céder une partie de leurs fréquences, signer un accord d’itinérance lui permettant de louer leur réseau et accueillir ses antennes sur les toits sur lesquels ils sont déjà présents pour pouvoir couvrir tout le territoire.
L’enjeu pour les opérateurs télécoms utilisant la 3G est de profiter de l’appel d’offre pour développer leur réseau qui commence à être saturé à cause des nouveaux usages gourmands en débit comme les forfaits où Internet est illimité (fichiers multimédias et télévision). De cette manière, ils limiteraient aussi l’accès aux fréquences du nouvel entrant. Au niveau mondial, l’arrivée d’un dernier acteur sur le marché a eu pour conséquence une baisse des parts de marché principalement pour le dernier opérateur. En revanche, Luc Chatel, secrétaire d’Etat chargé de la consommation, estime que le marché de la téléphonie mobile devrait croître d’environ 7% avec cette décision. D’une manière générale, l’entrée d’un nouvel acteur a entraîné une guerre tarifaire. A ce titre, les opérateurs en place préviennent des conséquences sociales du point de vue de l’emploi chez les opérateurs et dans tout le secteur.
L’enjeu pour les MVNO est d’accueillir un nouveau fournisseur potentiel de minutes en gros (wholesale) qui pourrait leur permettre dans un premier temps de ré-négocier leurs accords, d’accroitre leur rentabilité, de favoriser l’émergence de nouveaux opérateurs virtuels et d’augmenter leur de part de marché (4,9 % en 2008). A titre comparatif, en Allemagne, les MVNO représentent 25 % du marché de la téléphonie mobile.
L’enjeu pour le consommateur est de se voir proposer des offres moins onéreuses chez un nouvel opérateur qui fera des efforts pour se constituer une clientèle. Le gouvernement français conçoit l’attribution de la quatrième licence comme un moyen d’accroitre la concurrence sur les offres et sur le prix afin que le consommateur en profite. Nathalie Kosciusko-Morizet, nouvelle secrétaire d’Etat en charge de l’économie numérique, estime que la facture du consommateur devrait baisser de 7%. Ainsi, Free a annoncé, en cas d’attribution de la quatrième licence, faire baisser la facture télécom d’un foyer moyen (3 forfaits dont un enfant) de 1.000€ par foyer (soit 30 à 50% de moins qu’actuellement selon les estimations Sia Conseil) à l’image de sa stratégie opérée sur l’Internet fixe.
L’enjeu pour l’Etat est de financer sa politique économique actuelle. Ce projet, enterré avant la crise, a finalement été concrétisé au moment où l’Etat cherchait des moyens de financement pour son plan de relance. En effet, la vente de la quatrième licence assure au moins 206 millions d’euros à l’Etat pour chaque lot (à peu prés un tiers du prix défini en 2007 qui était de 619 millions) mais selon les estimations, les enchères pourraient rapporter entre 800 millions et 1 milliard d’euros dans un contexte favorable de compétition entre les opérateurs. Le découpage en lots ressemble à ce qu’a fait la Fédération Française de Football avec les droits télévisés : permettre l’entrée de nouveaux acteurs et augmenter la recette finale. En outre, la vente des fréquences libérées par la télévision analogique avec le passage au numérique est estimée à un montant compris entre 1,4 et 3 milliards d’euros. Même si le passage au tout numérique est prévu pour 2011, la cession des fréquences devrait être opérée avant la fin de l’année 2009 pour remplir les caisses de l’Etat.
Qui d’autre que Free pourrait se porter candidat à l’attribution de la quatrième licence ?
Il est difficile d’arriver sur un marché mature où les acteurs sont présents depuis une longue période, possèdent des bases clients importantes et maîtrisent parfaitement les métiers complexes d’opérateur mobile en France. Cette situation favorise l’émergence d’un acteur national possédant une marque forte et une base clients en cohérence avec la cible. A titre d’illustration de la difficulté de lancer un opérateur mobile sur un marché mature, Yoigo, devenu le quatrième opérateur espagnol en 2006, est en difficulté aujourd’hui avec une part de marché résiduel de moins de 1,8 % en 2008.
Free occupe le terrain médiatique depuis longtemps. Aujourd’hui, la filiale d’Iliad est le seul opérateur à s’être déclaré officiellement intéressé par cette quatrième licence. Seul candidat en octobre 2007, l’ARCEP avait refusé l’attribution de la licence à Free à cause de son refus de payer en une seule fois le montant exigé. Après cet incident, Free ne peut pas se permettre de rater le coche une dernière fois et d’attendre l’attribution des licences 4G.
Outre l’achat des fréquences qui devrait se chiffrer aux alentours de 200 millions d’euros, l’investissement pour construire un réseau est de l’ordre d’un milliard d’euros. Free semble être le seul à pouvoir envisager d’engager de telles sommes. Fort de ses 4,1 millions d’abonnées ADSL et de sa marque forte, Free se dit être le seul à pouvoir relever le défi. Il pourrait par exemple inclure la téléphonie mobile dans son offre « Freebox ».
Pour Free, la téléphonie mobile est un relais de croissance et un moyen de compléter son offre au moment où le marché des Télécoms bascule dans la convergence. Au moment ou ses principaux concurrents ont déjà passé le pas de la convergence : des opérateurs « Quadruple Play » (Internet, télévision, téléphonie fixe et mobile) à l’instar d’Orange avec sa « Livebox », SFR avec sa « Neuf box » et Bouygues Télécom avec sa « Bbox ».
Cette nouvelle approche avec un découpage par lot rend plus abordable le ticket d’entrée dans la téléphonie mobile française. Pour démarrer une activité mobile, la largeur de bande 5 MHz est suffisante pour déployer une infrastructure dans les zones géographiques stratégiques à forte de concentration de population.
Avant la crise, l’arrivée sur le marché français d’opérateurs étrangers était envisageable tels que: Telefónica, Deutsche Telekom, KPN mais aussi Orascom, Hutchinson, Etisalat ou d’autres fonds étrangers (via le rachat d’un opérateur par exemple). Aujourd’hui, du fait de la crise et de l’arrivée tardive sur le marché, ce type de scénarios est compromis.
Numéricable paraît être le challenger le plus crédible puisqu’il possède lui aussi plus de 4 millions de client (principalement abonnés bouquet TV) et est présent dans la téléphonie mobile via son MVNO. Numéricable est « intéressé » mais préfère rester discret sur le sujet. Enfin, Bolloré Télécom qui se concentre aujourd’hui sur le Wimax pourrait être candidat même si on l’imagine plutôt se positionner sur une offre 4G dans quelques années. Selon toute vraisemblance, l’ARCEP devrait trouver preneur contrairement à octobre 2007.
Bouygues Telecom, Orange et SFR devront apprendre à être quatre sur un marché où ils avaient l’habitude de n’être que trois. Aujourd’hui, il est encore difficile de connaitre l’impact réel de l’arrivée d’un nouvel entrant sur le marché français étant donné les facteurs d’incertitudes suivants : la vitesse de construction du réseau, la nature du nouvel entrant, les fréquences obtenues, le niveau d’investissement, la stratégie marketing et tarifaire et le contexte économique mondial. Une donnée importante dans la réussite du nouvel entrant sera la réaction des acteurs en place. De manière générale, l’arrivée d’un nouvel entrant sur un marché mature a des impacts différents suivant le profil des acteurs en place. En effet, on constate que les opérateurs mobiles ayants une forte base de clientèles sur des offres tarifaires alléchantes sont les plus impactés.
Le marché français du mobile entre dans une nouvelle ère qui verra très certainement l’émergence de nouvelles approches tarifaires, le basculement vers de véritables offres « illimitées » et l’apparition du marché de la VoIP mobile. (cf. articles Sia Conseil : VoIP Mobile et Offres illimitées: une montée progressive de l’illimité total … jusqu’à la gratuité ? )
| Articles complémentaires |
| 1. Offres illimitées: une montée progressive de l’illimité total … jusqu’à la gratuité ? Sur le marché du mobile les formules illimitées se multiplient et il faut parfois être un expert pour discerner les subtilités des formules et des avantages réels… |
| 2. La VoIP Prochainement… |
| 3. La 4G, lancement imminent ? Le 12 janvier 2009, afin d’accéler les prises de décisions dans les nombreux débats autour du choix de la future norme 4G pour l’Internet mobile à très haut débit… |
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février 2009 |



