La “pervasive workplace”, ou l’interpénétration entre vie professionnelle et vie privée
Pour l’entreprise, une telle avancée représente certes un avantage compétitif indéniable, mais elle engendre aussi son lot d’effets secondaires regrettables comme le stress, ainsi que de nouveaux codes et modes d’organisation du travail.
Aujourd’hui, plutôt qu’une tare, la porosité entre sa vie familiale et son métier est de mieux en mieux perçue et s’intensifie à l’initiative des employés eux-mêmes. On constate ainsi une inversion du phénomène, ou plutôt le pendant de celui-ci : avec l’arrivée de la “Génération Y” dans la vie active, les appareils électroniques personnels débarquent sur le lieu de travail, on consulte sa messagerie personnelle depuis son poste professionnel, on est connecté à ses collègues via Facebook… Les mobiles professionnels étant le plus souvent archaïques comparé aux mobiles personnels, de plus en plus d’employés utilisent un téléphone mobile personnel avec une carte SIM professionnelle. À l’avenir, on peut imaginer que se répandront les cartes SIM permettant de récupérer appels et messages à la fois professionnels et privés, ou encore les téléphones mobiles à deux cartes SIM, dont les solutions techniques sont d’ores et déjà éprouvées. Les obstacles à une telle évolution vis-à-vis des opérateurs télécom, notamment en termes de facturation, semblent néanmoins très importants à l’heure actuelle.
L’avènement du télétravail est une autre illustration de la frontière toujours plus floue entre le monde du travail et l’intimité familiale. D’après l’INSEE, cette tendance est en forte augmentation et atteint des records dans les sociétés de services informatiques, qui proposent pour plus de 80% le télétravail partiel à leurs salariés. Ces statistiques sont encore plus élevées dans les pays scandinaves, où un salarié sur trois se dit prêt à travailler de chez lui à plein temps. Cette fois-ci, c’est le bureau qui débarque à la maison ! La montée de la conscience “verte” et le temps toujours plus important passé dans les transports en commun, avec le stress qui s’ensuit, sont autant de facteurs supplémentaires expliquant la tendance du télétravail. On voit ainsi apparaître des « télécentres », lieux hybrides, entre le bureau et la maison. Le travailleur n’est ni dans un bureau classique, ni chez lui, mais dans des locaux partagés entre plusieurs entreprises. L’arrivée des technologies permettant la « téléprésence », notamment la visioconférence, per-met dorénavant d’organiser une réunion avec des participants aux quatre coins du monde.
L’augmentation drastique des débits de transmission, depuis les ressources en ligne jusqu’à l’utilisateur final, grâce notamment à la fibre optique dans les réseaux fixes et au LTE dans les réseaux mobiles, offrira la possibilité d’accéder aux données de l’entreprise depuis l’extérieur, et ce de manière instantanée. De nouveaux outils informatiques, combinés avec ces nouvelles technologies de réseaux de communication, permettent le travail à distance par l’intermédiaire du “Cloud Computing”. En particulier, des sociétés comme Open ERP permettent l’accès à des logiciels de gestion en ligne, directement dans le navigateur, avec une interface similaire à celle d’un logiciel “natif”, grâce par exemple aux possibilités du HTML5 . Sur un modèle « client-serveur », l’employé peut ainsi se connecter à son intranet, sur un poste doté d’un système d’exploita-tion mobile ou virtuel, ou encore se connecter à un réseau VPN le reliant à son entreprise.
Si ces méthodes encouragent le travail depuis l’extérieur de l’entreprise, elles ne sont pas sans risque du point de vue de la sécurité, enjeu latent de la « pervasive workplace ». Comment éviter en effet l’appropriation des données ainsi transportées par une tierce partie ? Les informations circulant sur un réseau WiFi public, par exemple dans un aéroport, peuvent être facilement interceptées. Face à ce risque d’espionnage industriel, il est nécessaire d’informer les employés des risques encourus et de prendre les mesures appropriées pour leur politique de sécurité.
Le challenge le plus important pour l’entreprise, dans le cadre de la « pervasive workplace », au-delà de la sécurité, réside dans l’installation de nouveaux modes de travail et d’organisation, au cœur même de l’entreprise. Télétravail, travail collaboratif, téléprésence : après les salariés, ayant du s’adapter aux changements impliqués par l’arrivée des TIC dans le monde professionnel, il incombe dorénavant aux entreprises de se plier aux nouvelles règles et modes de travail qu’imposent ces « employés connectés ».
Etienne Le Scaon
Telecom Paristech
Sources
- http://www.arpe-mip.com/html/8-6158-Les-nouveaux-modes-d-organisation-du-travail.php
- “MNOs must differentiate SME and SOHO mobile broadband propositions from consumer offers”, Matt Hatton, Analysys Mason, juin 2009.
- “Enterprises must prepare for “next-génération employees” technology demands”, Steve Hilton, Analysys Mason, février 2010.
- http://telecentres.fr/
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mai 2011 |



