L’Homo Sapiens deviendra-t-il l’Homo Cyborg

Cet article a obtenu le premier prix du Concours étudiant Génération mobilité, organisé par Sia Conseil et Orange, en partenariat avec Le Figaro.frLes technologies de l’information et de la com-munication (TIC) évoluent en permanence. Plus petites et légères, elles sont transportables partout, devenant pervasives et omniprésentes. L’Homme voudra-t-il un jour les implanter dans son propre corps pour en être

encore plus proche ?

Les Cyborgs : de la science fiction à la réalité

Le mot anglais « cyborg » fut popularisé en 1960 pour désigner un être humain amélioré par l’intégration d’organes mécaniques artificiels. D’abord perçu comme de la science fiction, ce rêve devint accessible grâce à la miniaturisation des technologies. Les machines implantées dans l’Homme, comme les pacemakers, sont actuellement mises au service de sa santé. Mais la vie humaine pourrait être perfectionnée dans d’autres domaines. Qu’en est-il des télécommunications ?

L’intégration d’une fonction « télécommunications » dans l’Homo Cyborg

Fini le temps des premiers ordinateurs occupant une salle entière! Les TIC sont devenues multifonctions, transportables et accessibles financièrement, trois raisons qui ont permis leur succès mondial. Utilisées dans les transports, au travail ou à la maison, elles sont tellement pervasives qu’une vie sans elles semble désormais impossible. Dès lors, on peut imaginer que l’Homme, accro au high-tech, voudra s’implanter un jour des fonctions de télécommunications pour ne plus jamais s’en séparer. Et ce n’est pas l’aspect technique qui l’en empêchera.

La main-téléphone : un outil du futur ?

Imaginons maintenant, au vu des connaissances ac-tuelles, un exemple de fonctionnalité intégrable dans l’Homo Cyborg. Pourquoi pas une main-téléphone ? L’idée n’est pas si saugrenue : pour mimer un téléphone, on plie les trois doigts centraux et l’on constate que le pouce et l’auriculaire arrivent respectivement au niveau de l’oreille et de la bouche. La paume de la main est presque aussi plate qu’un écran tactile tandis que l’ensemble des pha-langes des index, majeur, annulaire et auriculaire rappelle un clavier de téléphone portable. Tant de coïncidences sont un heureux hasard que l’Homme pourrait exploiter en créant le téléphone interne représenté sur la figure suivante.

Grâce à l’essor de la nanoélectronique, on pourrait imaginer concevoir des nano-éléments intégrables dans une main sans gêner sa mobilité. L’écran tac-tile se devra aussi d’être souple, ce qui est possible : en 2004 des chercheurs de France Télécom ont développé un prototype de vêtements communicants comprenant un écran en fibres optiques souple pour afficher des images animées sur soi. De plus, d’où viendra la source d’énergie ? L’idéal serait qu’elle provienne du corps humain, ce qui est imaginable. En 2010, des chercheurs du CNRS ont mis au point une biopile utilisant le dioxygène et glucose issus de la photosynthèse pour créer de l’énergie électrique. Leur objectif final est la mise au point d’une biopile qui fonctionnerait en autonomie sous la peau en puisant l’énergie chimique du couple oxygène-glucose présent dans les fluides physiologiques afin d’alimenter des machines médicales implantées dans le corps humain.

Les limites de la main-téléphone

Le lobby des opérateurs étant puissant, il s’opposera au développement de la main-téléphone si elle nuit à leurs chiffres d’affaires. La gratuité des appels serait donc exclue au profit du système actuel des forfaits. Quant aux constructeurs téléphoniques, ils devront embaucher de nombreux chirurgiens pour la R&D et pour opérer les clients, ce qui accentuera la pénurie de médecins dans des secteurs plus « vitaux ». Les implantations seront d’abord onéreuses et réservées à une certaine élite avant de se démocratiser par des prix plus abordables. Enfin, concernant l’éthique, il y aura une période de débat public mais les arguments pro-cyborg – être connecté aux TIC en permanence et ne plus redouter les vols – seront décisifs.

La main-téléphone pourrait être un jour sur le marché, mais le stade ultime du développement des télécommunications serait la télépathie. Des re-cherches sont toujours en cours sur ce thème bien plus ambitieux et le professeur anglais Kevin Warwick déclara même en 2006 : « Je suis convaincu que la télépathie est possible et j’ai une petite idée de comment y arriver. Voila mon but dans la vie. On va donc me poser un implant cérébral, peut-être plusieurs, qui me permettront de communiquer uni-quement par la pensée avec une autre personne implantée». Des propos qui laissent songeurs sur l’avenir de l’Homo Cyborg.

Amira Bentahar
Ecole des Mines de Nancy

Sources

- « Cyborgs and Space », publié dans la revue Astronautics, Manfred E. Clynes et Nathan S. Kline, Septembre 1960

- Article « Cyborg », p256-258 du livre Nouvelle encyclopédie de bioéthique, Gilbert Hottois et Jean-Noël Missa, 2001, Editions De Boeck Université

- Documentaire « Le Cyborg de l’avènement de l’Homme Machine », Christopher Zahlten, 2006 (diffusé sur Arte en Juillet 2006)

- Communiqué de presse « France Telecom développe un écran souple intégré pour afficher des images animées sur soi », relation presse Nilou du Castel et Manuel Lesaicherre, 29 juin 2004

- Communiqué de presse « La photosynthèse une nouvelle source d’énergie électrique », relation presse Cécile Pérol, 16 février 2010


Commenter Envoyer Envoyer Imprimer Imprimer avril 2011

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