Quand l’Afrique et l’Asie séduisent les géants des télécoms européens
Les enjeux pour l’avenir de MTN
L’objectif pour MTN est multiple :
- Atteindre une taille critique pour ne plus être la cible des géants de l’industrie. Les résultats et le développement de MTN dans ces filiales font de lui une cible en bonne santé financière avec une assise sur le continent africain comme peu d’opérateurs peuvent le prétendre,
- Acquérir des capacités de financement supplémentaires pour financer la construction, le développement et la maintenance des réseaux 2G/3G afin de permettre des usages d’Internet mobile permettant de développer l’ARPU (Average Revenue per User),
- Compléter la palette de services en s’associant avec un spécialiste mondial des plateformes de services low-cost, positionnement indispensable pour une croissance soutenue dans les marchés émergents.
Des géants qui aiguisent leurs armes
Le cours de bourse de MTN a chuté d’un quart de sa valeur depuis Mai 2008 : il pèse 20 Mds d’euros et devient donc une proie potentielle très attractive.
Côté européen les géants des télécommunications comme Vodafone, Telefonica, Deutsche Telekom et France Telecom pourraient être intéressés. Telefonica et Deutsche Telekom ne semblent que très peu intéressés par le marché africain, leurs présences y sont marginales.
En effet, Telefonica a jeté son dévolu sur l’Amérique du Sud (hispanique) pour des raisons culturelles et d’échanges économiques évidents.
Reste Vodafone et France Telecom, qui pourraient ainsi prendre une place plus décisive sur l’échiquier africain.
Ces deux champions européens reconnaissent qu’avec des marchés européens stagnant en valeur, la croissance doit aller se chercher ailleurs. De plus, en Asie comme en Afrique, ils ont constaté par leur propre expérience mondiale qu’être présent dans les premiers pas d’un marché des télécoms permet de profiter pleinement de ces effets de croissance.
La complémentarité géographique un indicateur fort
Si on simule le rachat potentiel par FT ou Vodafone de MTN, on constate des complémentarités très fortes sur le continent africain et asiatique :
- FT passerait ainsi de 15 à 30 pays
- Vodafone passerait de 10 à 27 pays
Ce qui donne aux deux géants une complémentarité à hauteur de 90% des territoires sur lequel est présent MTN par rapport au portefeuille existant de chacun. Seul dans environ 10% des cas on constate une redondance obligeant l’acquéreur à céder ces participations. (Botswana, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau pour Orange, et Afrique du Sud et Ghana pour Vodafone)
Nul ne doute donc que les opérateurs étudient sérieusement la question en fonction de leur capacité financière disponible et leur priorité en termes de développement.
Toutefois, si la complémentarité des territoires présente un intérêt logique dans les décisions de rachat, Vodafone a cependant défendu en mai dernier sa position de ne pas vouloir racheter MTN. Ceci peut s’expliquer par le fait que Vodafone détient 50% du leader sud-africain Vodacom. De plus, Vodafone veut accélérer et concentrer ses prises de participations dans les « BRIC » (Brésil, Inde, Chine) dont les montants des acquisitions sont élevés du fait des potentiels de croissance et des tailles de marchés.
Pour France Télécom, la cible MTN possède de nombreuses synergies : complémentarité géographique, accroissement de la base client dans des pays à forte croissance, développement de services (cf. paiement mobile et transferts internationaux). La récente OPA de FT sur Teliasonera, il y a quelques semaines, tempère cette analyse sur l’intérêt du marché africain et remet en avant de possibles acquisitions européennes. La course à la taille critique n’est pas terminée et pourrait réserver quelques surprises sur les marchés dits « matures ».
Plus globalement, le mouvement de consolidation du secteur des télécoms est animé par une logique de course à la taille critique devant permettre aux opérateurs d’éviter une trop facile absorption par un prédateur.
Sia Conseil, 2008
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juillet 2008 |



