Deezer, trublion français de l’industrie musicale
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Tandis que les acteurs traditionnels de l’industrie de la musique sont en pleine effervescence avec la diminution des ventes, l’augmentation du piratage et le projet de loi « Création et Internet », de nouveaux modèles économiques en rupture émergent depuis quelques années. Nous retrouvons dans ces différents modèles des monétisations plus ou moins innovantes : de la vente en ligne des morceaux de musique (iTunes, Fnac, …) à l’écoute de radios intelligentes (Last.fm, ..) |
en passant par le téléchargement de morceaux en illimité en payant un abonnement mensuel (MusicMe, ..). Toutes ces solutions proposent de nouveaux modèles de distribution, mais un acteur se différencie par la gratuité totale de son service et son succès actuel : Deezer et ses 5 millions d’utilisateurs inscrits. Mais quel avenir pour ce modèle totalement gratuit ?
Un accès à la musique totalement gratuit
Deezer permet aux internautes utilisateurs d’écouter une grande variété de chansons (3,7 millions de titres) à la carte, gratuitement et de façon illimitée. Afin d’accéder aux fonctions avancées (constitution de playlists, écoute de radios intelligentes, …), l’unique pré-réquis est de s’inscrire en fournissant un nombre d’informations réduites comme le nom, l’âge et la ville. La technologie de diffusion de la musique est le streaming, ce qui signifie que l’auditeur peut seulement écouter la musique directement sur le site Internet Deezer, mais ne peut pas télécharger le fichier sur son ordinateur. Il est donc nécessaire pour utiliser le service d’être connecté sur Internet et d’avoir une connexion avec un débit suffisant.
Un modèle économique fragile
Cette restriction sur le téléchargement a permis à Deezer de bâtir son offre sur un modèle économique non financé directement par l’auditeur mais par les annonceurs publicitaires. Cette totale gratuité a entrainé un fort succès mais s’appuie sur un modèle économique fragile. D’une part parce que les revenus sont principalement liés aux bannières publicitaires, qui fournissent un revenu limité et qui subissent actuellement une forte dévalorisation liée à la crise. D’autre part parce que les accords de partage de la valeur entre les ayants droits et Deezer sont conséquents. La startup doit ainsi reverser une part importante de son chiffre d’affaire aux majors et aux sociétés de droits d’auteurs, oscillant tous droits confondus entre 15% et 50%.
Un avenir certain
Cette instabilité des revenus associée à l’impact de la crise sur les budgets des annonceurs ne permet pas à Deezer de pouvoir assurer une rentabilité positive à moyen terme.
Cependant Deezer se positionne vis-à-vis de l’industrie de la musique comme un rempart contre le piratage, une alternative crédible à la gratuité des réseaux P2P. La déclaration de la Ministre de la Culture Christine Albanel lors d’une interview au sujet de la loi contre le piratage « Création et Internet » appui le positionnement de l’entreprise : «Il s’agit de valoriser les offres légales, par exemple Deezer.com pourrait très bien faire partie des offres légales labellisées ». L’entreprise n’hésite donc pas à communiquer fortement lors des mises à jour du site Internet réalisées notamment pour empêcher les logiciels pirates de télécharger les morceaux de musique. Cependant la mise en place de la loi « Création et Internet » par le gouvernement, qui a pour ambition de réduire fortement le piratage, pourrait inciter les majors à renégocier les partages de revenus et rendre ainsi le modèle actuel non viable. Il faut noter que la SACEM, malgré son accord avec la start up, dénonce dans la presse la répartition des revenus : en juin 2008, elle fait part de sa déception face au montant de 70 000€ reversé par Deezer pour ses 6 mois d’activité puis récemment en avril 2009 son président Laurent Petitgirard dénonçait le faible revenu reversé aux musiciens en citant pour exemple le tube de l’année écouté 240 000 fois qui n’a rapporté que 147€.
Deezer doit aussi faire face à une contrainte géographique forte liée à la gestion internationale des droits d’auteurs, qui complexifie sa stratégie d’expansion internationale et le développement de ses revenus. En 2001 ont été mis en place les « accords de Santiago » qui permettaient d’avoir un système de guichet unique à l’aide d’une licence valable mondialement, mais en 2004 la Commission européenne a cassé ces accords, les jugeant anticoncurrentiels, et impose ainsi à Deezer de devoir négocier séparément avec les sociétés d’auteurs de chaque pays où il souhaite être présent. La conséquence immédiate pour l’auditeur est le « géoblocage » des contenus musicaux : l’internaute accède à différentes parties du catalogue en fonction du pays à partir duquel il se connecte, qui correspondent aux accords locaux, entrainant une frustration et un désengouement des auditeurs pour ce type d’initiative. Afin de remédier à cette forte contrainte, Deezer doit pouvoir rassurer les différentes sociétés d’auteurs sur un apport de revenus important.
Deezer et ses semblables ont eu le mérite et l’impertinence de proposer un système alternatif à la distribution de la musique qui connait aujourd’hui une crise sans précédent. Cependant le modèle économique tel qu’il est aujourd’hui parait difficilement viable compte tenu notamment de l’effondrement du marché publicitaire sur Internet et de la réticence des sociétés d’auteurs.
Néanmoins, le modèle existant associé à une offre premium payante (ex : téléchargement de contenus exclusifs), ou bien à un écosystème de services en amont ou en aval sur la chaîne de valeur (ex : production d’artistes ou conception de logiciels/matériels de lecture de fichiers numériques) permettraient d’optimiser les revenus. Ces offres complémentaires et périphériques pourraient être conçues en interne ou à l’aide d’un partenariat, et permettraient ainsi probablement de proposer un véritable modèle d’avenir de l’industrie de la musique.
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mai 2009 |



